Détecter un talent, c’est aussi comprendre le moment stratégique dans lequel il intervient. Yves Roger Melingui, premier Directeur général de la Kribi Port Industrial Zone (KPIZ), apparaît ainsi à un point de bascule pour le Cameroun : celui où l’avantage portuaire de Kribi doit désormais se convertir en capacité industrielle, en valeur ajoutée et en influence économique régionale. C’est cette articulation entre compétence, infrastructure et ambition nationale qui inscrit son parcours dans la cartographie des talents suivis par Puissance237.
Une responsabilité qui dépasse une zone industrielle
La KPIZ n’est pas une simple extension du port. Créée en février 2026 par le Port autonome de Kribi avec Africa Global Logistics, Arise Integrated Industrial Platforms et Belmont Investments, elle doit développer et exploiter environ 4 000 hectares de terrains industriels directement adossés au port. L’investissement annoncé atteint 795 millions d’euros. Le projet vise notamment les secteurs du bois et de la logistique, de la sidérurgie, de la pétrochimie, de l’agro-industrie et des matériaux de construction.
Le choix de Melingui prend alors une autre signification. Son expérience dans la finance, la stratégie et les partenariats public-privé intervient dans un projet où l’enjeu n’est pas seulement d’attirer des investisseurs, mais de créer les conditions pour qu’ils transforment localement, utilisent les infrastructures camerounaises et s’intègrent à des chaînes de valeur plus larges. Dans un entretien publié en juin 2026, le dirigeant identifiait d’ailleurs parmi les principaux atouts de la zone la combinaison du port en eau profonde et de son foncier industriel, ainsi que la volonté de proposer aux investisseurs un environnement intégré.
Le véritable enjeu : capter davantage de valeur
C’est ici que se situe l’enjeu de puissance. Un port peut faciliter le transit des marchandises ; une plateforme industrialo-portuaire peut permettre d’en transformer une partie, d’attirer des capitaux, de créer des emplois qualifiés et de développer des fournisseurs locaux. La différence entre ces deux fonctions détermine une partie de la valeur que le Cameroun conserve ou laisse partir dans les chaînes de valeur internationales.
Les projections annoncées lors du lancement de KPIZ évoquent jusqu’à 150 000 emplois directs et indirects sur quinze ans et un potentiel de cinq à huit points de croissance. Ces chiffres restent des projections, mais ils donnent la mesure du changement d’échelle recherché. Pour Puissance237, l’intérêt du profil réside précisément dans cette lecture : le véritable actif de Kribi n’est pas seulement son port, mais la capacité du Cameroun à organiser autour de lui un écosystème industriel compétitif.
Un talent dans la cartographie de la puissance
C’est cette capacité à relier infrastructure, investissement, industrie, compétitivité et influence régionale qui justifie la mise en lumière de Yves Roger Melingui par Puissance237, initiative de détection, de valorisation et de connexion des talents camerounais portée par le Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE) sous la direction du Dr Guy Gweth. Le profil n’est pas présenté pour sa fonction seule, mais parce que celle-ci permet d’observer un chantier déterminant de la transformation économique du Cameroun.
À l’horizon 2035-2050, la question sera de savoir si les infrastructures stratégiques du pays peuvent devenir de véritables plateformes de puissance. Kribi constitue l’un des terrains où cette ambition se joue concrètement : attirer, transformer, connecter et exporter davantage depuis le Cameroun. Le rôle de Melingui s’inscrit au cœur de cette équation.
La Rédaction
