Le 29 mai 2026, l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM) de Yaoundé a accueilli la neuvième édition de la Journée africaine de l’intelligence économique (JAIE), placée sous le thème « Le pouvoir de l’information stratégique ». Plus de vingt-cinq spécialistes réunis. Quatre panels. Des ambassadeurs, des hauts fonctionnaires, des chercheurs, des entrepreneurs. Et un message que le continent ne peut plus différer : l’information stratégique n’est plus un luxe académique. C’est une arme de souveraineté.
Un choix de lieu qui ne doit rien au hasard
Choisir l’ENAM pour abriter la JAIE2026 relève d’une logique implacable. Cette école n’est pas un établissement d’enseignement supérieur ordinaire. Elle est le creuset historique où sont formés les administrateurs civils, les magistrats, les inspecteurs des douanes et des impôts qui tiendront demain les leviers de l’État camerounais. En ouvrant ses portes à l’événement du Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE), l’ENAM a posé un acte d’une portée qui dépasse le simple cadre logistique. Elle a signifié, devant l’ensemble des observateurs continentaux et internationaux, que l’intelligence économique n’est plus une discipline périphérique : elle est une compétence régalienne.
Pour le CAVIE, organisation internationale non gouvernementale fondée au Cameroun le 3 août 2015 et dont l’empreinte couvre aujourd’hui 38 pays, cette édition constitue une consécration institutionnelle. Son référentiel méthodologique propre, le Référentiel africain de veille et d’intelligence économique (RAVIE), ses progiciels de la gamme C- ainsi que ses programmes de certification ayant déjà formé plus de 1 500 cadres africains constituent un dispositif éprouvé, aujourd’hui reconnu et intégré dans des dynamiques de formation de haut niveau au sein de l’ENAM.
La carte de la vulnérabilité
L’édition 2026 de la JAIE a mis en relief une réalité que les décideurs publics et privés africains ne peuvent continuer à ignorer. Dans l’arène internationale, les États et les entreprises du continent négocient quotidiennement des contrats d’infrastructure, des accords commerciaux et des concessions minières face à des partenaires étrangers dotés de capacités de renseignement d’une extrême sophistication. Sans maîtrise fine de l’information légale, les délégations africaines subissent des asymétries décisionnelles qui se traduisent concrètement par des pertes de souveraineté, des fuites de capitaux et des clauses contractuelles défavorables.
La dépendance cognitive reste, selon le Dr Guy GWETH, président du CAVIE, « la plus critique des servitudes ». Analyser ses propres marchés à travers des grilles d’évaluation conçues à l’étranger pour servir des intérêts tiers, c’est condamner les décideurs africains à subir les événements plutôt qu’à les anticiper. La guerre économique contemporaine est, avant tout, une guerre de perception.
Quatre panels, une doctrine
La programmation scientifique de la JAIE2026 a articulé sa réflexion autour de quatre axes complémentaires, révélateurs d’une doctrine cohérente.
Le premier panel a traité du pouvoir de l’information stratégique dans les relations interétatiques. Avec la participation, entre autres, du deuxième conseiller de l’ambassade du Sénégal au Cameroun, M. SADIKHE MBAYE, de Mme Horore BELL BEBGA, consultante internationale et du professeur Rémy MBIDA MBIDA de l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC), ce panel a démontré comment la maîtrise des flux d’information transforme la diplomatie classique en diplomatie économique offensive, indispensable dans le cadre du déploiement de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Le deuxième panel a porté sur le secteur public, avec notamment la présence de M. Pierre SOUMBOU ANGOULA, directeur général de l’ENAM, et de M. Ibrahim MIMCHE NGAMBE, sous-directeur chargé de la facilitation des échanges à la direction générale des Douanes camerounaises. Le message était clair : protéger l’espace public ne signifie pas se fermer au monde, mais s’assurer, par des procédures de due diligence approfondies, que les partenariats public-privé servent prioritairement le développement local.
Le troisième panel a mis en lumière les usages de l’information stratégique dans le secteur privé, avec des interventions de M. Michel LOBE EWANE, directeur de publication d’InfraNews et ancien rédacteur en chef de Forbes Afrique, et de M. Emmanuel TAIDJARE, expert en supply chain et blockchain. L’enjeu : convertir la donnée brute, qu’elle soit issue du marché formel ou informel, en renseignement actionnable pour les entreprises.
Le quatrième panel, consacré à la mise en œuvre d’un dispositif national d’intelligence économique, a offert la tribune à IE237, la grande révélation de cette édition.
Un appel continental
La JAIE2026 a formulé des recommandations concrètes pour les États désireux d’instaurer un dispositif national d’intelligence économique. Ces recommandations s’articulent autour de cinq jalons : l’adoption d’une doctrine nationale et d’un cadre institutionnel dédié ; l’intégration du RAVIE comme référentiel normatif endogène ; la création de cellules de veille sectorielles au sein de chaque ministère clé ; l’organisation de cycles de partage d’informations sécurisées entre l’État et les entreprises nationales ; et l’institutionnalisation de cycles de certification obligatoires pour les hauts fonctionnaires.
La rédaction
