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Nucléaire civil : le Cameroun prépare une nouvelle bataille énergétique

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Face à une demande énergétique appelée à croître avec l’industrialisation, le Cameroun ouvre un nouveau front : le nucléaire civil. Présent à la 70e conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (l’AIEA), le pays a annoncé une étude de faisabilité et présenté ses avancées en matière de sûreté nucléaire. Une orientation qui rejoint les recommandations de Puissance 237, ouvrage du Dr Guy GWETH : diversifier les sources d’énergie, renforcer les compétences nationales et faire de la maîtrise technologique un levier d’industrialisation et de souveraineté.

Le vrai sujet n’est pas l’atome

Le Cameroun ne possède encore aucun réacteur nucléaire et aucune décision de construction n’a été prise. L’étude annoncée doit examiner les conditions techniques, économiques et réglementaires d’une éventuelle option nucléaire. Mais l’intérêt de cette démarche dépasse déjà la perspective d’une future centrale. Il pose une question plus large : le Cameroun veut-il continuer à subir ses dépendances énergétiques ou commencer à choisir les technologies capables de soutenir son industrialisation ?

La réponse ne se trouve pas uniquement dans la quantité d’électricité produite. Elle se trouve aussi dans la capacité à planifier, à anticiper et à préparer les compétences, les institutions et les normes qui permettront au pays de décider en connaissance de cause.

La puissance commence avant la centrale

Dans la perspective développée par Puissance 237, l’option nucléaire conduit d’abord à interroger la préparation stratégique du pays. La défense ne consiste pas à attendre une crise énergétique pour réagir. Elle consiste à réduire les vulnérabilités en diversifiant les sources d’énergie, en sécurisant les infrastructures et en développant les compétences nécessaires à la maîtrise des technologies critiques.

Le nucléaire civil impose précisément cette discipline. Il exige une autorité de sûreté crédible, des spécialistes formés, une réglementation rigoureuse, un système de contrôle des matières et une culture de transparence. Le décret du 2 février 2026 fixant les redevances et taxes liées aux rayonnements ionisants participe à la construction de ce cadre. La souveraineté commence donc avant le premier kilowattheure nucléaire : dans la capacité de l’État à encadrer, contrôler et assumer une technologie sensible.

Produire l’énergie de la transformation

Dans la logique de Puissance 237, l’enjeu est ensuite de transformer la maîtrise technologique en avantage économique. Une énergie stable peut soutenir les industries, les laboratoires, les hôpitaux, les universités et les secteurs de haute technologie. Le nucléaire civil pourrait également renforcer la médecine nucléaire, la radiothérapie, la recherche scientifique et certaines applications industrielles.

La question décisive sera celle du contenu national : combien d’ingénieurs formés, quels laboratoires, quelles entreprises, quelles filières de recherche et quels emplois le Cameroun pourra-t-il créer autour de cette ambition ? L’étude ne prendra tout son sens que si elle prépare une capacité d’appropriation et non une simple dépendance à l’expertise étrangère.

Devenir une référence, pas un simple demandeur

La troisième dimension est celle de l’influence. En renforçant sa coopération avec l’AIEA et son système national de sûreté, le Cameroun peut construire une expertise utile à l’Afrique centrale. Il pourrait former des spécialistes, partager des normes, développer des applications médicales et participer aux débats africains sur l’avenir énergétique du continent.

Mais l’influence ne se décrète pas dans les conférences. Elle se gagne par la compétence, la fiabilité et la capacité à produire des solutions. Un pays qui maîtrise la sûreté nucléaire, la médecine nucléaire et la formation spécialisée peut peser davantage dans les coopérations régionales et les négociations technologiques.

Une ambition à ne pas sous-traiter

L’étude de faisabilité est donc plus qu’une étape administrative. Elle peut devenir le premier acte d’une stratégie nationale de maîtrise technologique, à condition d’éviter le piège d’un projet entièrement importé, financé de l’extérieur et faiblement intégré à l’économie camerounaise. C’est l’une des idées fortes de l’ouvrage : la puissance ne réside pas simplement dans l’achat d’une technologie, mais dans la capacité à l’absorber, à la sécuriser, à la développer et à l’adapter aux besoins du pays.

Du nucléaire civil à la médecine nucléaire, le Cameroun ouvre un chantier qui dépasse l’électricité. Il touche à sa capacité de défendre ses intérêts, de soutenir son industrie et d’influencer son environnement régional. La véritable question est désormais de savoir si le pays saura transformer cette ambition en compétences, en institutions solides et en solutions concrètes au service de son développement.

La Rédaction