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Le Gabon s’inspire de l’expérience camerounaise sur la ZLECAf

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À Yaoundé, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) a cessé d’être un simple projet d’intégration pour devenir un objet d’observation. Du 12 au 16 septembre 2026, des responsables gabonais du commerce, des douanes et du secteur privé sont venus examiner les procédures, les institutions et les premières pratiques qui permettent au Cameroun d’utiliser le cadre continental. Cette visite donne au pays une position peu commune dans la sous-région : celle d’un État dont l’expérience intéresse déjà ses voisins. Reste à traduire cette expérience en contrats, en partenariats et en présence économique dans la sous-région.

Ce que Libreville est venue comprendre

Le Gabon a récemment revu sa stratégie nationale ZLECAf pour diversifier ses exportations, développer ses chaînes de valeur et augmenter la transformation locale. Mais une stratégie ne suffit pas à faire circuler des marchandises. Il faut des entreprises prêtes à produire et exporter, des règles d’origine comprises, des procédures douanières maîtrisées, des solutions de financement et des réseaux capables d’atteindre les clients.

C’est cette transition entre l’ambition politique et l’opération commerciale que la délégation gabonaise est venue étudier. Le Cameroun, engagé dans l’Initiative du commerce guidé depuis 2022, a déjà commencé à éprouver les procédures de la ZLECAf. Cette expérience donne à Yaoundé une responsabilité particulière : ne pas seulement expliquer les mécanismes, mais faire de cette proximité nouvelle un point d’entrée pour ses propres opérateurs économiques.

L’avantage existe, la conquête reste à faire

Dans la CEMAC, le Cameroun compte 91 entreprises et 1 328 produits admis au régime préférentiel communautaire, soit 72,4 % des 1 834 produits agréés. Le Gabon en compte 14 et 249 produits. Ces chiffres ne traduisent pas directement les volumes exportés, mais ils montrent que le Cameroun est aujourd’hui mieux préparé que son voisin à utiliser les préférences commerciales régionales.

Cette avance reste néanmoins fragile. Un produit agréé n’est pas un produit vendu, et la franchise douanière ne résout ni les coûts de transport, ni la distribution, ni les normes, ni le financement du commerce. L’enjeu est donc de passer de la préparation administrative à la présence commerciale : disposer de partenaires, sécuriser les livraisons, répondre aux besoins locaux et inscrire les entreprises camerounaises dans la durée.

Le Gabon comme premier terrain d’action

La diversification recherchée par le Gabon ouvre des besoins que le Cameroun peut anticiper. L’évolution de l’économie gabonaise appelle des fournisseurs d’intrants, de matériaux, d’emballages, d’équipements, de services logistiques, de maintenance, de solutions numériques et de formation. Les opportunités ne concernent donc pas seulement l’exportation de produits finis, mais aussi la participation aux nouvelles chaînes de valeur qui se mettent en place.

Pour le Cameroun, le défi est d’organiser l’après-visite. Les administrations, les organisations patronales, les banques, les entreprises et les représentations diplomatiques doivent pouvoir identifier les secteurs prioritaires, mettre les bons interlocuteurs en relation et accompagner la signature puis l’exécution des contrats. Sans cela, l’expérience partagée restera une expérience observée ; avec cela, elle peut devenir une présence économique réelle.

La région comme espace de projection

La situation donne une illustration concrète de la démarche développée dans Puissance 237. Le livre blanc du Dr Guy Gweth propose de faire du Cameroun un État pivot en Afrique centrale : non pas un pays qui attend les retombées de l’intégration, mais un pays qui transforme ses atouts, son savoir-faire et son positionnement en capacité d’action régionale.

Dans cette perspective, la mission gabonaise est plus qu’une séquence technique. Elle offre une occasion de relier l’expérience institutionnelle du Cameroun à sa diplomatie économique, à sa veille de marché et à la projection de ses entreprises. L’intérêt national ne s’oppose pas à la coopération régionale : il lui donne une direction, en veillant à ce que chaque coopération ouvre aussi des possibilités concrètes pour les opérateurs camerounais.

La stratégie derrière la coopération

Le triptyque défense – attaque – influence permet de clarifier ce qui est en jeu. Défendre, c’est maintenir les entreprises camerounaises dans de bonnes conditions d’accès aux marchés régionaux, en simplifiant les procédures et en réduisant les blocages logistiques. Conquérir, c’est aller chercher les besoins des marchés voisins avant les concurrents et accompagner les entreprises jusqu’à la vente, au service et au suivi commercial.

Compter dans la région, enfin, suppose d’être utile aux autres économies : offrir des solutions, connecter les entreprises, partager les compétences et faciliter les échanges. C’est ainsi que l’influence se construit dans le commerce. Elle ne se résume pas à la visibilité d’un pays ; elle se mesure à sa capacité à être présent dans les circuits où se décident les contrats, les investissements et les chaînes d’approvisionnement.

Ce que cette visite doit produire

La mission ne sera pleinement réussie que si elle laisse des traces économiques. Dans les prochains mois, il faudra pouvoir identifier les secteurs ciblés, les entreprises mises en relation, les contrats signés, les exportations réalisées, les partenariats créés et les obstacles levés. Le Gabon devra démontrer que sa stratégie ZLECAf renforce ses exportateurs ; le Cameroun devra montrer que son expérience lui permet de mieux se projeter.

C’est à ce niveau que Puissance 237 devient un outil de lecture et d’action. L’ouvrage ne traite pas la puissance comme une idée abstraite, mais comme une capacité à mobiliser les acteurs, choisir des priorités et mesurer les résultats. La visite gabonaise rappelle que le Cameroun possède déjà des éléments de cette puissance. Le défi est de les organiser pour faire de l’Afrique centrale un espace où ses entreprises comptent davantage.

La Rédaction