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Yves Bertrand Solanga : quand la donnée vient doper la compétitivité du secteur agricole

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La maîtrise d’un secteur commence par la maîtrise de l’information qui permet de le piloter. Dans l’élevage, cette exigence prend une dimension particulière : assurer la traçabilité du cheptel, sécuriser les actifs, anticiper les risques et améliorer les performances suppose de disposer de données fiables. Avec LightCow, Yves Bertrand Solanga montre comment la technologie peut contribuer à transformer l’élevage camerounais en un secteur mieux renseigné, mieux piloté et davantage créateur de valeur.

De l’actif invisible à l’actif piloté

En mai 2026, LightCow, la solution développée par Yves Bertrand Solanga, a remporté la deuxième édition de l’Agritech Innovation Challenge. Le dispositif permet notamment de suivre les bovins en temps réel et de recueillir des informations sur leur localisation, leur activité, leur état et certains paramètres liés à leur cycle biologique. La solution est déjà utilisée sur plusieurs milliers de bovins dans l’Adamaoua et dans d’autres régions du Cameroun.

L’intérêt stratégique ne réside pourtant pas uniquement dans le recours au GPS, aux capteurs ou à l’Internet des objets. Il se situe dans le changement de nature de l’actif agricole. Un cheptel qui n’est ni suffisamment identifié, ni suivi, ni documenté demeure difficile à piloter à grande échelle. À l’inverse, la collecte régulière de données permet de mieux connaître les mouvements, les risques, les performances et les cycles de production. La technologie devient alors un instrument de maîtrise économique.

L’Adamaoua montre ce que la transformation numérique peut changer

L’Adamaoua offre un cas particulièrement révélateur. Le modèle extensif de l’élevage bovin repose sur de vastes espaces et sur une surveillance difficile. Les pertes d’animaux, le vol, le manque d’informations sanitaires ou l’absence de données suffisamment structurées réduisent la capacité des exploitants à anticiper et à optimiser leurs décisions. LightCow apporte une réponse technologique à cette difficulté en rendant le cheptel davantage identifiable, observable et documenté.

Dans la réflexion portée par Puissance 237, le livre blanc consacré à une stratégie de puissance régionale du Cameroun à l’horizon 2050, cet exemple permet de déplacer le débat sur le développement territorial. L’ouvrage défend une lecture de la puissance fondée sur la capacité à identifier, mobiliser et transformer les ressources du pays en capacités d’action. La puissance d’une région ne dépend pas seulement de l’importance de ses ressources, mais de la capacité à les connaître, les sécuriser, les mesurer et les transformer en valeur.

L’élevage de l’Adamaoua devient ainsi le laboratoire d’une question nationale : comment passer d’un patrimoine productif important à une économie productive mieux renseignée et mieux maîtrisée ?

La donnée comme infrastructure de compétitivité

Le parcours technologique de Solanga renforce cette lecture. Avant LightCow, Light Group avait développé LightOil, une solution de supervision et de gestion des produits pétroliers fondée sur la collecte et le traitement des données. L’entreprise a ainsi progressivement appliqué les technologies de supervision aux hydrocarbures, puis à l’élevage et à d’autres actifs.

Cette continuité est importante. Elle montre qu’une compétence technologique ne doit pas être enfermée dans un produit ou un secteur. Elle peut devenir une capacité nationale réutilisable dans l’énergie, l’agriculture, la logistique, l’industrie ou les infrastructures. C’est précisément l’une des conditions du passage d’une économie utilisatrice de technologies à une économie capable de concevoir des solutions adaptées à ses propres contraintes.

Du talent individuel à l’écosystème de compétences

Le cas Solanga apporte également un enseignement sur le capital humain. Son activité ne se limite pas à développer une solution : Light Group travaille avec des ingénieurs, des établissements de formation et des partenaires institutionnels autour de l’Internet des objets, des réseaux LoRaWAN, de la donnée et de leurs applications industrielles. Un partenariat récent avec The ICT University prévoit notamment un laboratoire consacré à l’incubation, au prototypage et à l’expérimentation de solutions connectées.

Cette logique rejoint une question centrale pour toute stratégie de puissance : comment transformer une concentration de compétences individuelles en capacités collectives durables ? Le capital humain devient un véritable levier lorsqu’il est relié aux besoins productifs du territoire, aux entreprises, à la recherche et aux infrastructures.

La question n’est alors plus seulement de former davantage d’ingénieurs, mais de savoir dans quels secteurs les mobiliser, sur quelles données les faire travailler et quelles capacités industrielles leur permettre de construire.

Construire des champions à partir des capacités locales

Yves Bertrand Solanga cumule aujourd’hui une responsabilité entrepreneuriale et une responsabilité collective à la tête de l’Association des petites et moyennes entreprises du Cameroun (APEC). Il défend notamment la structuration d’un réseau de PME sur le territoire, la création de champions nationaux et une meilleure cartographie des entreprises.

Cette trajectoire donne une portée supplémentaire à son expérience technologique. La puissance nationale ne peut reposer uniquement sur quelques grands groupes ou sur des capitaux extérieurs. Elle suppose aussi l’identification, la structuration et la montée en gamme des capacités entrepreneuriales déjà présentes dans les territoires. Dr Guy Gweth place précisément cette logique au cœur de sa réflexion sur les leviers de puissance nationale : savoir où se trouvent les ressources, les compétences, les entreprises et les capacités d’influence constitue une condition préalable à leur mobilisation stratégique.

L’expérience de LightCow apporte ainsi une démonstration concrète : un problème longtemps considéré comme agricole peut devenir un problème de données ; un problème de données peut devenir un problème technologique ; et une solution technologique peut, si elle est structurée, contribuer à renforcer la productivité, la sécurité des actifs, les compétences et la compétitivité d’un territoire.

C’est cette chaîne qu’il faut désormais savoir reproduire : identifier les actifs, produire l’information, maîtriser la technologie, organiser les compétences et convertir ces capacités en avantage économique.

La Rédaction