Cameroun : la ZLECAf, un levier sous conditions
23 octobre 2026

La 12ᵉ session du Cameroon Business Forum s’ouvre à Douala autour de la transformation productive. Le thème affiche une ambition : faire du Cameroun un pôle industriel et commercial majeur en Afrique. Mais l’ouverture d’un marché continental ne dit rien, à elle seule, de la capacité des entreprises locales à y répondre. C’est ce décalage que Puissance 237, l’ouvrage du Dr Guy Gweth sur la stratégie de puissance du Cameroun à l’horizon 2050, aide à penser.
Un marché élargi ne fait pas une puissance industrielle
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre des perspectives qui dépassent les frontières nationales. Mais une chose est d’accéder à davantage de marchés, une autre est de disposer des entreprises, des compétences et des chaînes d’approvisionnement nécessaires pour y répondre durablement. Puissance 237 déplace le regard : la question n’est pas de savoir si le Cameroun peut accéder à plus de marchés, mais s’il a les capacités productives pour y répondre.
Une économie peut bénéficier d’un accès élargi sans renforcer proportionnellement son industrie. Si les entreprises locales ne peuvent ni produire en quantité suffisante, ni satisfaire aux exigences de qualité, ni livrer à des coûts compétitifs, l’ouverture des marchés devient un espace de concurrence supplémentaire. L’ouvrage invite à partir des ressources, des compétences et de la cohérence des acteurs, plutôt que des opportunités annoncées.
Le dialogue public-privé à l’épreuve de ses résultats
Créé en 2009 avec l’appui de la Société financière internationale, le Cameroon Business Forum est un cadre de concertation entre l’État et le secteur privé. Sa douzième session remet cette fonction au centre du débat. Mais la valeur d’un tel cadre ne se mesure pas à la possibilité d’exprimer des préoccupations : elle dépend de sa capacité à faire émerger des arbitrages et à faire évoluer les conditions concrètes de production.
Puissance 237 va plus loin : si la puissance suppose de mobiliser les ressources nationales autour d’objectifs communs, la relation entre l’État et les entreprises ne peut rester une succession de consultations sans continuité opérationnelle. Un forum n’est utile que s’il produit des décisions vérifiables, pas seulement des déclarations. C’est cette exigence de résultat que l’ouvrage érige en méthode.
La compétitivité se joue avant l’accès au marché
L’existence de débouchés ne suffit pas à créer une capacité exportatrice. Une entreprise doit pouvoir financer son développement, maîtriser ses coûts, garantir la qualité de ses produits et organiser leur acheminement. Les difficultés d’accès au financement, les contraintes logistiques et les insuffisances d’infrastructures productives sont parmi les obstacles les plus documentés en Afrique centrale.
La compétitivité ne relève donc pas uniquement des performances individuelles. Elle dépend de l’environnement institutionnel, de la disponibilité des facteurs de production et de la capacité à s’insérer dans des chaînes de valeur. L’ambition industrielle suppose de considérer ensemble production, financement, logistique, compétences et accès aux marchés. Puissance 237 fournit le cadre pour penser cette articulation : la puissance ne repose pas sur un facteur isolé, mais sur la cohérence entre ressources, compétences et institutions.
Défendre les intérêts économiques, pas seulement exporter
La conquête de nouveaux marchés ne se résume pas à la possibilité d’y vendre des produits. Elle implique de déterminer les activités où les entreprises camerounaises peuvent développer des avantages durables et les segments de valeur qu’elles peuvent maîtriser. La puissance régionale ne repose pas seulement sur les ressources disponibles, mais sur la capacité à les mobiliser au service d’une ambition cohérente.
La progression des exportations n’a pas la même portée selon que les entreprises vendent des produits peu transformés ou qu’elles maîtrisent des étapes à plus forte valeur ajoutée. La question posée par la ZLECAf devient alors celle de la capacité du Cameroun à occuper une place plus importante dans la création de valeur, et pas seulement dans la circulation des marchandises.
De la réforme annoncée aux capacités productives
Pour que la douzième session du Cameroon Business Forum contribue à cette ambition, l’enjeu est d’apprécier les réformes à partir de leurs effets sur l’activité économique. Les difficultés évoquées par les entreprises doivent être rapprochées de leurs conséquences mesurables : coûts et délais des procédures, accès au financement, fiabilité des infrastructures, capacité à investir ou à satisfaire les exigences des marchés extérieurs.
Cette exigence de mesure rejoint l’importance accordée aux statistiques et à l’intelligence collective dans Puissance 237. Une ambition nationale ne peut être pilotée efficacement sans information fiable sur les capacités existantes et les progrès accomplis. L’ouvrage propose un cadre de réflexion pour comprendre pourquoi la coordination des acteurs et le suivi des objectifs comptent dans la construction de la puissance économique.
Ce que l’ouvrage apporte au débat
Le Cameroun dispose avec la ZLECAf d’un espace commercial élargi, mais l’avantage qu’il en retirera dépendra de ses capacités à produire, transformer, financer et commercialiser de manière compétitive. Faire de l’ouverture continentale un levier de puissance suppose de convertir les ressources nationales en capacités productives, puis ces capacités en positions économiques durables. C’est cette transformation, davantage que la seule multiplication des opportunités commerciales, que Puissance 237 érige en exigence stratégique. Un ouvrage à lire pour comprendre ce que la ZLECAf exige vraiment du Cameroun.
La Rédaction