Le Cameroun consolide sa place dans la nouvelle architecture de coopération sanitaire que les États-Unis déploient en Afrique. La participation du ministre de la Santé publique, Malachie Manaouda, à une rencontre de haut niveau organisée à New York le 21 septembre ouvre une nouvelle séquence pour un partenariat bilatéral déjà engagé entre Yaoundé et Washington.
Un cadre de coopération en consolidation
Le Cameroun faisait partie des sept pays africains invités à cette rencontre organisée à l’occasion du premier anniversaire de la stratégie mondiale de santé américaine « America First ». Il y était représenté aux côtés de la Tanzanie, de l’Ouganda, du Nigeria, du Kenya, du Mozambique et de l’Éthiopie, ainsi que de responsables américains impliqués dans cette initiative.
Le partenariat sanitaire entre Yaoundé et Washington repose sur un mémorandum d’entente signé en décembre 2025. Son plan de mise en œuvre a été validé en juillet 2026 et les indicateurs de performance ont fait l’objet d’un examen conjoint. Le 19 septembre, les deux parties ont signé un Accord d’objectif stratégique (Strategic Objective Agreement ou SOAG), destiné à consolider le cadre opérationnel et financier de cette coopération.
Un financement assorti d’engagements nationaux
L’accord mobilise environ 850 millions de dollars sur cinq ans. Les États-Unis doivent apporter 400 millions de dollars, tandis que le Cameroun prévoit 450 millions de dollars au titre du co-investissement. La structure de ce financement place le Cameroun dans une position différente de celle d’un simple bénéficiaire : l’État est appelé à engager des ressources propres, à orienter les priorités et à démontrer les résultats de la coopération.
La mise en place annoncée d’une Unité de gestion du programme et de la transition doit accompagner le déploiement du partenariat et préparer sa continuité au-delà de 2030. Sa capacité à suivre les financements, coordonner les institutions, mesurer les résultats et renforcer les compétences nationales sera déterminante pour la pérennité des actions engagées.
Un enjeu de diplomatie sanitaire
Cette séquence illustre la montée en puissance de la diplomatie sanitaire dans les relations entre États africains et partenaires internationaux. La santé devient un espace de négociation où se croisent accès aux financements, organisation des services, données sanitaires, approvisionnements médicaux, formation du personnel et sécurité sanitaire.
Dans cette perspective, la stratégie développée dans Puissance 237, ouvrage du Dr Guy Gweth, président du Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE), prend une résonance particulière. Cette réflexion en trois dimensions appelle le Cameroun à mobiliser ses partenariats internationaux au service de ses priorités nationales, à renforcer sa capacité de négociation, à protéger son autonomie de décision et à transformer les appuis extérieurs en capacités durables.
Transformer la coopération en capacité nationale
La dimension de défense suppose que le Cameroun conserve la maîtrise de ses priorités de santé, de ses données, de ses indicateurs et de l’utilisation de son co-investissement. Elle implique également de réduire les dépendances qui peuvent persister après les financements : expertise extérieure, équipements non maintenus, intrants importés, outils numériques non maîtrisés ou dispositifs parallèles aux institutions nationales.
La dimension d’attaque renvoie à l’utilisation active du partenariat pour accélérer le renforcement du système de santé : professionnalisation des équipes, modernisation des laboratoires, amélioration des chaînes d’approvisionnement, développement de systèmes d’information et montée en compétence des institutions de pilotage. La dimension d’influence reposera, enfin, sur la capacité du Cameroun à produire des résultats démontrables, à partager son expérience avec les autres partenaires africains et à renforcer sa crédibilité dans les discussions régionales sur le financement et la gouvernance de la santé.
Enjeu de mise en œuvre
Le partenariat avec les États-Unis offre au Cameroun un levier financier et diplomatique significatif. Sa portée dépendra toutefois de la manière dont les engagements seront traduits en services accessibles, en compétences durables, en institutions efficaces et en mécanismes de financement capables de soutenir les priorités nationales après 2030.
Dans la logique de Puissance 237, l’enjeu n’est pas seulement d’obtenir ou de gérer des fonds. Il est de faire de la coopération sanitaire un instrument de souveraineté, de renforcement institutionnel et d’influence continentale.
La Rédaction
