Passer au contenu principal

Puissance237

contact@puissance-237.com

(+237) 242 003 106

Actualité

Cameroun-Centrafrique : l’intégration commerciale peut-elle changer le rapport de force régional ?

12 octobre 2026

Avec le lancement du PAMOZ, le Cameroun et la République centrafricaine entendent faciliter leurs échanges commerciaux. Mais dans une région où les corridors structurent l’accès aux marchés, la véritable bataille porte sur la valeur que chaque économie saura en tirer. Pour le Cameroun, le défi consiste à convertir son rôle de carrefour en capacités productives, en positions commerciales et en influence régionale. Une ambition qui renvoie directement aux choix stratégiques nécessaires pour construire une puissance nationale à l’horizon 2050.

Le corridor ne fait pas la puissance : ce que le Cameroun doit conquérir

Le 6 octobre 2026, le Cameroun et la République centrafricaine ont lancé à Yaoundé le Projet d’appui à la mobilisation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) au profit du commerce transfrontalier, connu sous le nom de PAMOZ. Financé par la Banque africaine de développement (BAD) et mis en œuvre avec l’appui technique de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), ce programme mobilise environ 3 millions de dollars sur 24 mois. Il cible notamment les corridors Douala–Bangui et Douala–Kousséri, avec pour objectifs de faciliter les échanges, de renforcer les chaînes de valeur régionales et d’améliorer les perspectives économiques des communautés frontalières.

Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse l’amélioration de la circulation des marchandises. Une position géographique favorable ne devient un avantage de puissance que si elle permet de développer des activités nationales, de renforcer les entreprises et de gagner des marchés. C’est l’une des questions fondamentales posées par Puissance 237, l’ouvrage de Dr Guy Gweth consacré à une stratégie de puissance régionale pour le Cameroun à l’horizon 2050. La démarche invite à considérer les infrastructures, les entreprises, les ressources humaines et les partenariats comme des éléments interdépendants d’une même ambition. Le PAMOZ fournit ainsi un cas concret : comment faire en sorte que l’amélioration des corridors serve une transformation économique plus large, plutôt que la seule augmentation du trafic commercial ?

Défendre ses intérêts : maîtriser les vulnérabilités des échanges

Un corridor peut devenir un atout, mais aussi une source de dépendance lorsque les approvisionnements, les revenus des entreprises ou l’accès aux marchés reposent sur des itinéraires fragiles. Les retards aux frontières, les difficultés logistiques et les perturbations de la circulation peuvent renchérir les coûts et affaiblir la compétitivité des opérateurs. Le Cameroun doit donc considérer la fiabilité de ses axes commerciaux comme un enjeu économique stratégique : connaître les vulnérabilités, limiter les dépendances critiques et préserver la continuité des activités.

Cette priorité appelle des décisions concrètes : identifier les points de rupture, mesurer les coûts supportés par les entreprises, améliorer la coordination des services frontaliers et prévoir des solutions de continuité pour les secteurs les plus exposés. Elle suppose aussi d’évaluer les effets des mesures prises sur les opérateurs nationaux. Dans le triptyque défense-attaque-influence développé par Puissance 237, la défense des intérêts du pays ne se réduit pas à la protection des infrastructures ; elle consiste également à préserver les conditions de son autonomie économique et sa capacité à poursuivre ses objectifs malgré les contraintes extérieures.

Attaquer les marchés : qui prendra les positions disponibles ?

La réduction des obstacles au commerce ouvre des possibilités à tous les opérateurs capables d’en profiter. Les entreprises camerounaises ne seront donc pas les seules à pouvoir élargir leur présence en République centrafricaine ou sur d’autres marchés de la sous-région. Pour gagner des positions, elles doivent savoir quels produits sont demandés, quels concurrents dominent les circuits de distribution et quels avantages elles peuvent proposer en matière de prix, de qualité, de disponibilité ou de délais.

Le travail stratégique consiste à sélectionner des débouchés précis, à vérifier la capacité des producteurs à répondre à la demande et à mobiliser les moyens nécessaires pour les servir durablement. Il peut s’agir de développer la transformation locale, de renforcer les réseaux de distribution, de faciliter le financement des opérations commerciales ou de rapprocher les producteurs des acheteurs. L’État peut soutenir ces efforts en orientant ses dispositifs vers des obstacles identifiés, tandis que les entreprises doivent préparer leurs offres et leurs partenariats. La dimension offensive de Puissance 237 prend ici une signification pratique : la conquête économique ne relève pas d’une ambition abstraite, mais de positions à identifier, de moyens à engager et de résultats à obtenir.

Influencer les règles pour renforcer la position du Cameroun

Les échanges régionaux sont également structurés par les procédures, les accords, les mécanismes de coopération et les décisions administratives qui déterminent les conditions d’accès aux marchés. Le Cameroun a intérêt à participer activement à leur évolution, en tenant compte des besoins de ses entreprises et de ses priorités productives. La coopération avec la République centrafricaine et les partenaires du PAMOZ peut contribuer à améliorer la coordination aux frontières, à réduire les obstacles rencontrés par les commerçants et à rendre les circuits plus fiables.

Mais l’influence ne se mesure pas au nombre de partenariats conclus. Elle dépend de la capacité à défendre des objectifs clairs, à négocier des conditions favorables et à transformer les engagements en bénéfices durables. Pour le Cameroun, cela suppose de relier les initiatives régionales à une vision économique cohérente : quels secteurs renforcer, quelles dépendances réduire et quelles relations commerciales développer pour accroître sa marge de décision ? Dans Puissance 237, l’influence s’inscrit dans une ambition plus large de leadership continental. Le PAMOZ rappelle que cette ambition doit se construire dans les mécanismes concrets qui organisent les échanges et déterminent les possibilités d’action des entreprises.

Transformer un programme ponctuel en capacité nationale durable

Le PAMOZ dispose d’un financement et d’une durée de mise en œuvre limités. Son intérêt stratégique dépendra donc des résultats obtenus et de la capacité à les prolonger. La baisse des délais de passage, l’amélioration des conditions de travail des commerçants et la simplification des procédures sont des résultats opérationnels importants. Mais le Cameroun devra aussi examiner si les entreprises nationales gagnent des clients, si les chaînes de valeur se consolident et si de nouvelles activités créatrices de valeur se développent sur son territoire.

Cette distinction entre la réalisation d’un projet et la transformation d’une économie se trouve au cœur de la réflexion portée par Puissance 237. Une stratégie nationale exige de relier les infrastructures aux capacités productives, le financement à l’investissement, la formation aux besoins des entreprises et les partenariats aux priorités du pays. Elle demande également des indicateurs permettant de suivre les progrès, de corriger les choix inefficaces et de mobiliser les acteurs autour d’objectifs communs

Le PAMOZ ne suffira pas, à lui seul, à modifier le rapport de force en Afrique centrale. Il permet cependant de poser les questions qui détermineront la portée des initiatives économiques camerounaises : le pays sait-il où il doit gagner des positions ? Dispose-t-il des capacités pour les occuper ? Protège-t-il les intérêts qui conditionnent son autonomie ? Et ses partenariats contribuent-ils à renforcer sa marge d’action ? Ces questions donnent toute sa portée à Puissance 237. Pour les décideurs publics, les dirigeants d’entreprise et les acteurs du développement, l’ouvrage constitue une invitation à dépasser la gestion des projets au cas par cas pour penser les choix, les moyens et les alliances qui permettront au Cameroun de transformer ses atouts en puissance durable.

La Rédaction 

Partager cet article