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Actualité

Emplois verts au Cameroun : former pour produire, maîtriser pour peser

22 octobre 2026

La deuxième édition de la Semaine des emplois verts, du 16 au 20 octobre 2026 à Yaoundé, accompagne la structuration de la politique camerounaise de formation professionnelle autour de la transition écologique : 120 000 emplois décents d’ici 2030 et 50 nouveaux référentiels élaborés avec les professionnels. Ces instruments visent à préparer les travailleurs aux activités de demain et à fournir aux entreprises les compétences nécessaires à leur développement. Leur portée stratégique se situe au-delà de l’insertion : elle engage la capacité du pays à transformer ce potentiel en valeur économique durablement captée.

La formation, premier maillon de la compétitivité

Une ressource ne devient pas un avantage économique par sa seule disponibilité. Encore faut-il savoir l’exploiter, la transformer et la commercialiser. Cette réalité vaut pour les énergies renouvelables comme pour l’agriculture durable, la valorisation des déchets ou les matériaux écologiques. Le 12 juin 2026, le Ministère de l’emploi et de la formation professionnelle (MINEFOP) et l’Organisation internationale du bambou et du rotin ont engagé l’élaboration d’un référentiel national de formation pour ces deux filières. L’initiative prévoit notamment un cadre de compétences, des programmes pédagogiques et des modalités d’évaluation adaptés aux besoins du marché du travail. Elle illustre un enjeu essentiel : organiser la transmission des savoir-faire qui permettent de passer d’une ressource disponible à une activité économique maîtrisée.

Cette logique prend tout son sens lorsque les compétences sont reliées aux débouchés. Former des techniciens aux installations solaires, des spécialistes à la valorisation des déchets ou des professionnels à la transformation du bambou ne produira des effets durables que si les entreprises peuvent employer ces profils, si les équipements nécessaires sont accessibles et si les produits trouvent des acheteurs. La formation doit donc être pensée en relation avec les chaînes de valeur, depuis l’approvisionnement jusqu’à la commercialisation. À défaut, le pays risque de former des personnes sans créer les conditions économiques de leur insertion. À l’inverse, une formation conçue avec les employeurs peut améliorer la productivité, soutenir l’entrepreneuriat local et renforcer la compétitivité des entreprises camerounaises.

Des emplois aux capacités productives

L’enjeu ne consiste pas uniquement à augmenter le nombre de personnes formées, mais à accroître ce que l’économie nationale est capable de produire. Une filière verte compétitive requiert plusieurs métiers complémentaires : techniciens, opérateurs, ingénieurs, responsables de maintenance, gestionnaires, commerciaux et entrepreneurs. Leur coordination détermine la capacité d’une entreprise à respecter les normes, à maîtriser ses coûts, à maintenir ses équipements et à répondre à la demande. La modernisation de la formation professionnelle peut ainsi soutenir une transformation plus profonde : faire évoluer la main-d’œuvre d’un statut de facteur disponible vers celui d’une capacité productive effectivement mobilisable.

Cette transformation suppose également de relier les compétences aux territoires et aux marchés. Les besoins d’une zone agricole ne sont pas nécessairement ceux d’un bassin industriel ou d’un centre urbain confronté à la gestion des déchets. Adapter les formations aux activités susceptibles de se développer localement permettrait de rapprocher les travailleurs des entreprises et de favoriser l’émergence de nouvelles chaînes de valeur. Mais la proximité des ressources ne garantit pas, à elle seule, la réussite économique. L’accès au financement, la qualité des infrastructures, la disponibilité des équipements et la capacité à conquérir des marchés restent déterminants. L’objectif doit être de construire des filières capables de durer, de se développer et de conserver au Cameroun une part croissante de la valeur créée.

Faire des compétences un levier de puissance

Dans Puissance 237, le Dr Guy GWETH, président du Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE), inscrit la réflexion sur la puissance dans une approche qui relie notamment démographie, économie et intelligence collective. La quatrième partie, « Les moteurs de la puissance », consacre son chapitre XIX aux « Énergies vertes et puissance ». Ces thèmes offrent une grille de lecture pertinente pour examiner les réformes actuelles : la population ne constitue un avantage économique que si ses capacités peuvent être développées, coordonnées et mobilisées au service d’objectifs productifs. La transition écologique pose ainsi une question qui dépasse la création d’emplois : le Cameroun disposera-t-il des compétences nécessaires pour participer aux nouvelles activités, en maîtriser les procédés et en capter la valeur ?

Cette mise en perspective ne prétend pas restituer des recommandations précises du chapitre XIX qui n’ont pas été vérifiées dans le texte intégral. Elle prolonge les thèmes annoncés par l’ouvrage pour analyser une actualité concrète. À l’horizon 2050, l’intérêt stratégique de la formation professionnelle se mesurera notamment à sa capacité à alimenter des entreprises compétitives, à faire émerger des entrepreneurs capables de transformer les ressources locales et à développer des savoir-faire reproductibles à plus grande échelle. Le nombre de formations dispensées ou d’emplois annoncés restera insuffisant pour apprécier cette évolution. Les résultats décisifs seront la productivité acquise, les activités pérennes créées, la valeur ajoutée produite localement et la capacité des entreprises camerounaises à s’imposer sur leurs marchés.

Ce qui reste au Cameroun quand la valeur est créée

La transition écologique ouvre donc un champ de possibilités, mais elle ne garantit aucun avantage automatique. Pour le Cameroun, l’enjeu est de relier durablement formation, besoins des entreprises et maîtrise des chaînes de valeur. C’est à cette condition que les emplois verts pourront devenir davantage qu’une réponse aux difficultés d’insertion : un levier de transformation productive et de puissance économique. Cette exigence rejoint l’ambition de Puissance 237, la réflexion stratégique du Dr Guy Gweth sur les conditions d’une puissance camerounaise à l’horizon 2050.

La Rédaction 

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