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Puissance237

Actualité

Cameroun, diaspora et puissance : au-delà de l’épargne

21 octobre 2026

Mobiliser l’épargne des Camerounais établis à l’étranger suppose davantage que de concevoir des produits financiers attractifs. Encore faut-il que les capitaux collectés inspirent confiance, répondent à des priorités clairement définies et contribuent à une ambition nationale cohérente. La demande des banques camerounaises de créer un pôle unique pour coordonner les mécanismes de financement destinés à la diaspora pose précisément cette question. Elle donne une portée concrète à la réflexion développée dans Puissance 237, l’ouvrage du Dr Guy Gweth consacré à la stratégie de puissance du Cameroun à l’horizon 2050.

Mobiliser des capitaux ne suffit pas à construire une puissance

Alors que la future Stratégie nationale de mobilisation de la diaspora camerounaise (SNMDC) se prépare, les banques plaident pour un cadre commun permettant d’articuler les initiatives en cours. La Caisse des dépôts et consignations du Cameroun (CDEC) prépare le produit d’épargne Diasdev, tandis que la Société immobilière du Cameroun (SIC) développe un projet de « Diaspora Bond » destiné au financement immobilier. Ces instruments peuvent répondre à des besoins distincts. Leur coexistence soulève néanmoins une question déterminante : comment éviter que la multiplication des mécanismes ne fragmente les ressources au lieu de les inscrire dans une logique d’investissement cohérente ?

La diaspora ne constitue pas une réserve de capitaux automatiquement disponible. Les décisions d’investissement dépendent notamment de la confiance accordée aux institutions, de la transparence dans l’utilisation des fonds, de la lisibilité des engagements et des garanties offertes. L’attachement au pays d’origine peut encourager la participation à son développement, mais il ne remplace pas les conditions économiques et institutionnelles qui rendent un placement crédible. La capacité du Cameroun à mobiliser durablement son épargne extérieure dépendra donc autant de la qualité de ses instruments financiers que de la confiance qu’ils sauront inspirer.

De l’épargne à la capacité d’action nationale

Dans Puissance 237, le chapitre X, « Diaspora et puissance », inscrit la diaspora parmi les leviers susceptibles de contribuer à l’ambition nationale. Cette perspective dépasse la seule question des transferts de fonds : les Camerounais établis à l’étranger disposent également de compétences, de réseaux professionnels et d’une connaissance des marchés internationaux susceptibles de servir le développement et le rayonnement du pays. La portée stratégique de ces ressources tient à leur capacité à renforcer les moyens d’action du Cameroun, et non à leur simple disponibilité.

La portée de ces ressources se mesure à ce qu’elles permettent au Cameroun d’accomplir. L’épargne mobilisée peut financer des projets immobiliers, soutenir des investissements productifs ou contribuer au développement d’infrastructures. Mais leur intérêt stratégique dépend de la place de ces investissements dans les priorités nationales et de leur capacité à renforcer durablement l’économie. Au-delà des montants collectés, c’est donc la transformation des contributions de la diaspora en capacités économiques et en moyens d’action pour le pays qui importe.

La coordination comme instrument de cohérence stratégique

La proposition des banques prend tout son sens si elle permet de clarifier les fonctions des différents mécanismes, de rendre leurs conditions plus lisibles et d’assurer leur complémentarité. Un pôle unique n’implique pas nécessairement que tous les produits soient gérés par la même institution. Il suppose plutôt que les objectifs, les responsabilités et les modalités de suivi puissent s’inscrire dans une architecture compréhensible pour les investisseurs comme pour les pouvoirs publics. Sans cette cohérence, des instruments pourtant pertinents risquent de se concurrencer ou de financer des opérations isolées, sans effet suffisamment structurant sur l’économie nationale.

L’enjeu est aussi celui de l’allocation des ressources. Les capitaux mobilisés doivent pouvoir être reliés à des projets identifiables, dont les résultats et les conditions d’exécution sont évaluables. Cette exigence permet de rapprocher la confiance des investisseurs des objectifs de développement : plus l’utilisation des fonds est transparente et les engagements vérifiables, plus il devient possible de construire une relation durable avec la diaspora. La coordination ne sera donc pas stratégique par sa seule existence administrative, mais par sa capacité à améliorer la qualité des financements et leur contribution aux priorités nationales.

Faire de la diaspora une composante de la puissance camerounaise

La future SNMDC sera déterminante selon l’étendue de la relation qu’elle entend établir avec les Camerounais de l’étranger. Une politique centrée sur les transferts et les produits financiers mobiliserait une partie de leur potentiel, sans nécessairement tirer parti de leurs compétences et de leurs réseaux internationaux. Une approche plus large permettrait de considérer ces différentes ressources comme complémentaires, tout en respectant leurs modes de mobilisation propres. L’objectif ne serait plus seulement d’attirer des fonds, mais de favoriser une participation durable de la diaspora au développement économique et au rayonnement du Cameroun.

La puissance du Cameroun dépendra aussi de sa capacité à faire de sa diaspora un partenaire actif de son développement : un investisseur qui comprend la destination de ses capitaux, un professionnel dont l’expertise peut circuler et un relais capable de connecter le pays à des réseaux internationaux. La coordination financière réclamée par les banques ne prendra toute sa portée que si elle contribue à cette ambition plus large, dans laquelle les ressources financières, les compétences et les relations internationales se renforcent mutuellement.

La Rédaction 

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