Alors que le Cameroun se prépare à s’imposer comme un leader stratégique du continent d’ici 2050, tel que l’imagine le Dr Guy Gweth dans Puissance 237, la langue apparaît comme un levier subtil mais décisif de puissance nationale. Chez les jeunes urbains, le Camfranglais — un mélange de français camerounais, d’anglais, de pidgin et de langues locales — dépasse le simple cadre de la communication pour devenir un outil de cohésion sociale, de construction identitaire et d’influence culturelle.
Le chapitre 26 de Puissance 237 met en avant le rôle stratégique de la culture dans la puissance nationale. Le Camfranglais en est une parfaite illustration : il transforme la diversité linguistique en ressource qui consolide le tissu social. Né au milieu des années 1970 après la réunification, il s’est diffusé dans les marchés, écoles et rues, avant de s’imposer dans les années 1990 grâce aux artistes urbains. La musique, la littérature et, plus récemment, les réseaux sociaux ont amplifié ce mouvement, projetant une identité moderne et urbaine, tant au Cameroun qu’au-delà.
Comme le souligne le chapitre 14, le bilinguisme et le multiculturalisme camerounais constituent un atout stratégique. Le Camfranglais concrétise cet avantage en permettant une communication fluide entre communautés anglophones, francophones et autochtones. À l’image du pidgin nigérian, devenu vecteur de soft power grâce à la musique, au cinéma et aux diasporas, le Camfranglais reflète la créativité et l’hybridité culturelle camerounaise. Des expressions comme Tu go où ? (« Où vas-tu ? ») ou Il est sorti nayo nayo (« Il est sorti très doucement ») montrent la richesse expressive de ce métissage linguistique.
Le chapitre 6 rappelle enfin l’importance de l’intelligence collective et de l’asymétrie informationnelle dans la puissance nationale. Le Camfranglais, par sa maîtrise des alternances codiques et des contextes linguistiques complexes, crée de tels avantages compétitifs. Il ouvre des portes dans les réseaux urbains, le commerce et les industries créatives, prouvant que la langue peut devenir un levier économique et culturel.
En définitive, le Camfranglais n’est pas qu’un phénomène de jeunesse : il incarne un levier endogène de puissance. En l’encourageant, le Cameroun renforce sa cohésion sociale, affirme son influence culturelle et forme une génération apte à agir stratégiquement à l’échelle nationale comme internationale. Comme le rappelle Puissance 237, la puissance ne se limite pas à l’économie ou à l’armée : elle se construit aussi par la culture, l’identité et la cognition. Le Camfranglais en est la preuve vivante.
Sharon Emade, Puissance 237