La construction de la puissance nationale camerounaise à l’horizon 2050 requiert l’activation systématique de tous les leviers de soft power, dont la production culturelle constitue un vecteur stratégique d’influence et d’attractivité. Alioum Moussa, artiste visuel incarne cette dynamique par son inscription dans les réseaux internationaux de l’art, sa capacité à problématiser les rapports de domination économique, et son ancrage matériel dans les ressources locales.
Légitimité académique et insertion dans les circuits de consécration
La trajectoire professionnelle de Moussa illustre une double légitimité : technique, acquise par formation initiale en design graphique et illustration, et institutionnelle, validée par des résidences artistiques en Suisse (IAAB, Bâle, 2006) et en Italie (Université des Idées, Fondation Pistoletto, Biella, 2010). L’obtention du visa d’artiste AFAA/Culturesfrance en 2007 et la sélection au concours Illy en 2010 signalent une reconnaissance internationale qui amplifie la visibilité du Cameroun dans l’écosystème culturel mondial. Ces validations externes constituent un capital symbolique convertible en influence, dans la mesure où elles inscrivent une production camerounaise dans des circuits de légitimation contrôlés par les métropoles culturelles. L’État stratège doit identifier ces trajectoires individuelles comme vecteurs d’attractivité nationale et instruments de diplomatie culturelle.
Souveraineté matérielle et critique de la dépendance économique
L’approche esthétique de Moussa repose sur une économie politique des matériaux : utilisation de textiles recyclés, vêtements de seconde main, tissus wax, boue. Cette démarche n’est pas seulement formelle ; elle constitue une prise de position stratégique sur la circulation asymétrique des biens entre l’Afrique et l’Occident. En dénonçant le circuit de la friperie comme mécanisme de dumping industriel et expression matérielle de rapports de domination, Moussa opère une déconstruction critique du modèle consumériste imposé. Cette dimension politique de son travail s’aligne avec les impératifs de souveraineté économique formulés par le cadre Puissance 237 : refus de la position subalterne, réappropriation des ressources locales, contestation des asymétries structurelles. L’art devient ainsi un langage de résistance économique et de réaffirmation identitaire.
Contribution à l’activation territoriale et au rayonnement culturel
Depuis Yaoundé, Moussa participe à l’activation territoriale par sa présence dans l’espace urbain (La passerelle de Bessengue, Douala) et son engagement dans les scènes artistiques locales. Cet ancrage géographique combiné à une projection internationale crée un effet de levier : la métropole camerounaise devient nœud de production culturelle, non simple périphérie consommatrice. Le développement de compétences en scénographie théâtrale étend son champ d’intervention vers les industries créatives, secteur identifié par Puissance 237 comme composante essentielle du soft power.
La mesure de cette contribution s’effectue selon plusieurs indicateurs : taux de présence dans les expositions internationales, insertion dans les réseaux de résidences artistiques, reconnaissance critique, capacité à générer des récits alternatifs sur l’Afrique. L’État stratège doit structurer un observatoire culturel permettant de cartographier ces acteurs, d’amplifier leur impact, et d’orchestrer leur mobilisation collective au service de la puissance nationale.
La rédaction.