You are currently viewing La scénographie urbaine comme instrument de puissance territoriale : l’apport stratégique de Joël Mpah Dooh
KODAK Digital Still Camera

La scénographie urbaine comme instrument de puissance territoriale : l’apport stratégique de Joël Mpah Dooh

  • Temps de lecture :3 mins read
  • Post category:Culture

L’activation territoriale constitue un pilier fondamental de la puissance nationale, dans la mesure où elle transforme l’espace urbain en dispositif de projection identitaire et de souveraineté culturelle. Joël Claude Mpah Dooh, artiste visuel formé au Conservatoire Municipal des Beaux-Arts d’Amiens, incarne cette dimension stratégique par son rôle pionnier dans l’institutionnalisation de l’art public camerounais, sa contribution à la structuration d’écosystèmes créatifs locaux, et son inscription durable dans les circuits internationaux de légitimation artistique.

Légitimité académique et positionnement institutionnel

La formation française de Mpah Dooh à Amiens établit une double légitimité : technique, par maîtrise des codes formels de l’art contemporain, et institutionnelle, par insertion dans les réseaux de consécration académique européens. Cette validation métropolitaine fonctionne comme capital convertible en influence, permettant une reconnaissance internationale mesurable par la participation à plus de quarante expositions collectives et individuelles entre 1997 et 2008, couvrant quatre continents (Afrique, Europe, Amériques, Asie). La présence répétée aux biennales de Dakar (2002, 2004) et de La Havane (2000), instances majeures de légitimation de l’art africain et global sud, signale une capacité de projection qui amplifie la visibilité du Cameroun dans les géographies culturelles mondiales. L’État stratège doit identifier ces trajectoires comme actifs immatériels participant au soft power national.

Pionniérisme dans l’art public et souveraineté symbolique urbaine

En 1992, Mpah Dooh coréalise avec Étienne Delacroix les triptyques Art’venture, premières œuvres d’art public offertes à la ville de Douala par l’association doual’art. Cette initiative marque un tournant stratégique : l’espace urbain cesse d’être simple support fonctionnel pour devenir territoire de narration collective et d’affirmation identitaire. L’utilisation de plexiglas gravé, matériau industriel détourné, et la conception assistée par ordinateur témoignent d’une appropriation technologique au service de la création locale. Cette démarche s’aligne avec les impératifs de Puissance 237 : maîtrise des outils contemporains, réappropriation de l’espace public, production d’attractivité territoriale. En participant aux Scénographies Urbaines de Douala en 2002 et 2003, Mpah Dooh contribue à l’émergence de Douala comme pôle continental d’innovation artistique urbaine, renforçant le positionnement régional du Cameroun.

Structuration d’écosystèmes créatifs et mobilisation collective

La cofondation du collectif Kheops Club en 1994 avec Koko Komégné constitue un acte de structuration institutionnelle. Ce type d’organisation intermédiaire permet la mutualisation des ressources, la transmission intergénérationnelle de compétences, et la création de masses critiques nécessaires à la visibilité internationale. L’État stratège, tel que conceptualisé dans le cadre Puissance 237, doit encourager ces formes d’auto-organisation comme leviers d’activation culturelle. L’évolution stylistique de Mpah Dooh—du pictural au volumétrique, de la toile aux matériaux industriels (aluminium, plexiglas)—démontre une capacité d’adaptation et d’expérimentation qui enrichit le répertoire formel camerounais et renforce sa compétitivité esthétique.

Contribution mesurable au rayonnement et à l’influence

Les indicateurs de performance incluent : nombre d’expositions internationales (quarante sur douze ans), diversité géographique (Nigeria, Afrique du Sud, Sénégal, États-Unis, Cuba, Liban, France, Belgique, Kenya), participation aux résidences artistiques (Fondation Blachère, 2007), et présence dans des institutions muséales (Musée National de Yaoundé, Musée d’Art Africain de l’IFAN). Cette densité relationnelle traduit une capacité d’influence qui dépasse la simple production esthétique pour constituer un vecteur diplomatique informel. L’observatoire culturel proposé par Puissance 237 doit cartographier ces acteurs, quantifier leur impact, et orchestrer leur mobilisation au service de la trajectoire nationale vers 2050.

La rédaction.