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Douala – Bafoussam : une route, mais surtout un axe de souveraineté économique

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Les engagements envisagés entre le Cameroun et la Banque islamique de développement (BID) pourraient mobiliser 253,1 milliards de FCFA pour des projets structurants. Parmi eux, la réhabilitation de ce corridor de 218,9 km, évaluée à environ 139,3 milliards de FCFA, fournit une illustration concrète des recommandations de l’ouvrage Puissance 237 du Dr Guy GWETH : faire des infrastructures un levier de défense économique, de conquête commerciale et d’influence régionale.

Une économie qui roule au ralenti

Entre le port de Douala et les bassins agricoles, industriels et commerciaux de l’Ouest, chaque ralentissement se transforme en coût supplémentaire. Les camions mettent plus de temps à livrer, les véhicules s’usent davantage, les dépenses de carburant et de réparation augmentent, tandis que les retards perturbent les chaînes d’approvisionnement.

Les conséquences se diffusent dans toute l’économie. Les industriels attendent leurs intrants, les commerçants supportent des frais logistiques plus élevés, les agriculteurs écoulent difficilement leurs produits et les ménages absorbent une partie des surcoûts dans les prix. Sur ce corridor, l’état de la route finit toujours par se retrouver dans les délais de livraison, la compétitivité des entreprises et le panier du consommateur.

Défendre l’économie par les flux

Dans Puissance 237, le Dr Guy GWETH rappelle que la défense ne se limite pas à la protection du territoire. Elle concerne aussi la capacité d’un État à préserver les conditions matérielles de son autonomie : produire, transporter, approvisionner et distribuer sans subir durablement les effets d’infrastructures défaillantes.

Un axe fiable entre Douala et Bafoussam réduit la vulnérabilité des entreprises aux retards, aux ruptures d’approvisionnement et aux coûts imprévus. Il facilite la circulation des engrais, matières premières, équipements et biens de consommation. Il sécurise également l’accès des productions agricoles et industrielles aux marchés. La route devient ainsi une infrastructure de défense économique.

Conquérir par la compétitivité

La même infrastructure peut jouer un rôle d’attaque économique. Une entreprise camerounaise ne conquiert pas un marché avec la seule qualité de son produit : elle doit respecter les délais, tenir ses engagements et maîtriser ses coûts. À cet égard, une meilleure fluidité entre le port de Douala, les zones de production et les marchés de l’Ouest peut renforcer la position des producteurs, transformateurs et distributeurs locaux.

Le corridor doit permettre aux produits agricoles d’atteindre plus rapidement les unités de transformation, aux biens manufacturés de parvenir aux consommateurs et aux entreprises de mieux relier leurs activités aux échanges nationaux et sous-régionaux. La performance routière devient alors une composante de la bataille commerciale.

Influencer au-delà des frontières

La logique d’influence constitue le troisième volet. Par sa façade maritime et le rôle du port de Douala, le Cameroun occupe une position centrale dans les échanges d’Afrique centrale. Cette position ne peut produire pleinement ses effets que si les corridors internes relient efficacement le port, les bassins productifs et les marchés.

Une route rénovée, entretenue et sécurisée peut contribuer à renforcer l’attractivité du territoire pour les investisseurs, les transporteurs et les partenaires régionaux. Mais le bitume seul ne suffit pas. La maintenance, la sécurité routière, le contrôle des surcharges, les plateformes de stockage, les services logistiques et l’implantation d’activités de transformation détermineront la valeur stratégique réelle de l’axe.

Une vision à concrétiser

L’actualité de la route Douala – Bafoussam confirme une recommandation centrale de Puissance 237 : les infrastructures doivent être conçues comme des instruments de puissance et non comme de simples équipements. Le défi ne sera donc pas uniquement de mobiliser les 139,3 milliards de FCFA annoncés, mais de faire de cet investissement un avantage durable pour la production, le commerce et le rayonnement régional du Cameroun.

La Rédaction