Après un recul de 32 % de ses échanges avec le Royaume-Uni, le Cameroun prépare une mission économique à Londres en décembre 2026 pour attirer capitaux, technologies et partenariats. Cette nouvelle offensive économique intervient alors que le pays cherche à renforcer sa présence sur le marché britannique. Elle offre surtout un terrain concret pour éprouver les principes de diplomatie économique défendus dans Puissance 237.
Une relation économique à relancer
Les échanges commerciaux entre le Cameroun et le Royaume-Uni se sont établis à 242 millions de livres sterling sur les douze mois achevés en mars 2026, soit une baisse de 32 % sur un an. Dans le même temps, le stock d’investissements directs britanniques au Cameroun atteignait 98 millions de livres à fin 2024.
La mission annoncée pour décembre doit justement permettre de rechercher de nouveaux financements et partenariats, notamment dans l’énergie, les infrastructures, l’agriculture, l’agro-industrie et la grande consommation, avec un accent sur les investissements, le transfert de technologies et la transformation locale.
La diplomatie comme levier de puissance
Dans Puissance 237, le Dr Guy GWETH propose une réflexion stratégique destinée à doter le Cameroun d’une trajectoire de puissance régionale. L’ouvrage articule notamment trois dimensions : défense, attaque et influence et appelle à mieux coordonner les ressources économiques, diplomatiques, technologiques et informationnelles du pays.
À l’aune de la mission de Londres, cette approche donne à la diplomatie économique une fonction qui dépasse la représentation. Il s’agit de connaître les intérêts en présence, de défendre ceux du Cameroun, d’identifier les opportunités et de mobiliser les partenaires capables de contribuer à des objectifs précis. La mission devient ainsi un exercice de ciblage et de négociation.
Le renseignement avant la négociation
Cette démarche commence par la connaissance du terrain. Une veille ciblée doit permettre d’identifier les entreprises britanniques susceptibles d’investir au Cameroun, les importateurs et distributeurs à approcher, les besoins du marché, les évolutions réglementaires et les technologies correspondant aux priorités nationales.
Président du Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE), le Dr Guy GWETH insiste régulièrement sur cette fonction de l’intelligence économique : produire et exploiter l’information utile à la décision. Dans sa contribution au Biashara Afrika 2026, il rappelait encore la nécessité d’un dispositif associant questionnement, collecte, traitement, analyse et diffusion du renseignement utile à la conquête des marchés. À Londres, cette préparation doit permettre de distinguer les contacts intéressants des partenaires réellement en mesure de s’engager.
Cibler les partenariats utiles
La recherche de capitaux ne devrait pas être dissociée de celle des capacités. Un partenaire britannique peut apporter un financement, mais aussi une technologie, un savoir-faire, un réseau commercial ou une expertise industrielle. Le ciblage doit donc partir des besoins du Cameroun et des capacités recherchées.
Cette logique rejoint la dimension offensive de Puissance 237 : identifier les opportunités et se donner les moyens de les saisir. Pour la mission britannique, elle suppose de présenter des projets suffisamment préparés pour engager une négociation sur le financement, les débouchés, la production locale, la formation ou encore le transfert de technologies.
Transformer les partenariats en capacités
L’enjeu est aussi de faire en sorte que les partenariats obtenus renforcent les capacités nationales. Dans les secteurs de l’énergie, de l’agro-industrie, des infrastructures ou du numérique, la formation des compétences, le développement de fournisseurs locaux, la maintenance et l’accès au savoir-faire peuvent compter autant que le montant de l’investissement.
Les relations économiques doivent contribuer à renforcer les capacités du pays. La coopération internationale devient alors un moyen d’accroître progressivement la maîtrise technologique, industrielle et commerciale du Cameroun plutôt qu’une simple source de capitaux.
De l’influence aux résultats
La mission de Londres peut ainsi constituer un test concret de la doctrine portée par Puissance 237. Sa portée ne se mesurera pas au nombre de rencontres organisées, mais à la capacité à préparer les cibles, qualifier les projets, négocier les intérêts et assurer le suivi des engagements pris.
Pour le Cameroun, l’enjeu est finalement de transformer l’information en décision, la décision en partenariat et le partenariat en capacités durables. C’est dans cette continuité entre intelligence économique, diplomatie, conquête des opportunités et influence que la mission britannique peut prendre une dimension stratégique.
La Rédaction
